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Pourquoi Alexander Zverev regarde son téléphone en plein match : le capteur de glycémie d'un diabétique de type 1

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Nicolas Zeghmati
14 septembre 2026
12 min de lecture
Alexander Zverev, diabétique de type 1, tient le trophée du simple messieurs de l'US Open 2026 après sa victoire en finale.
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Ce qu'il faut retenir, en une phrase
L'écran qu'Alexander Zverev consulte entre deux jeux n'est pas un téléphone mais le récepteur de son capteur de glycémie, et il a fallu deux autorisations distinctes pour qu'il ait le droit de le sortir de son sac. Aucune ne lui donne le moindre avantage sportif.
⚡ L'essentiel en 30 secondes
  • Ce qui s'est passé : le 13 septembre 2026, Alexander Zverev a remporté l'US Open contre Ben Shelton (6-3, 7-6, 5-7, 6-2), son deuxième titre du Grand Chelem en trois mois après Roland-Garros. Il vit avec un diabète de type 1 depuis ses 4 ans.
  • Ce qu'il regarde : un appareil dédié, sans carte SIM, relié en Bluetooth à son capteur de glucose en continu. Il affiche sa glycémie et sa tendance, ce qu'aucune piqûre au doigt ne donnerait entre deux jeux.
  • Pourquoi c'est permis : le règlement interdit les appareils électroniques pendant un match, sauf accord. Un dispositif médical fait partie des exceptions accordées.
  • La deuxième autorisation, que personne ne mentionne : l'insuline figure sur la liste des produits interdits de l'Agence mondiale antidopage. S'injecter l'hormone qui le maintient en vie exige une autorisation d'usage à des fins thérapeutiques.
  • Ce que ce n'est pas : ni un avantage, ni une tolérance de faveur. Le capteur ne fait pas gagner un point : il évite une hypoglycémie en finale.

Dimanche soir, à New York, la caméra s'est attardée sur Alexander Zverev assis à son banc. Serviette sur les épaules, il tenait un écran et le regardait quelques secondes, entre deux jeux, avec l'air concentré de quelqu'un qui vérifie un message.

Sur les réseaux, la question est partie aussitôt : pourquoi ce joueur a-t-il le droit de consulter un téléphone en plein match ? Les appareils électroniques sont interdits sur un court de tennis, et cette règle ne souffre pas d'exception pour cause de célébrité.

Ce n'est pas un téléphone. Et la vraie réponse est plus intéressante que la question.

Ce qui s'est passé le 13 septembre 2026 à l'US Open

Le dimanche 13 septembre 2026, Alexander Zverev a battu l'Américain Ben Shelton en quatre sets, 6-3, 7-6, 5-7, 6-2, après trois heures et trente-trois minutes de jeu, et remporté le deuxième titre du Grand Chelem de sa carrière. Le premier, il l'avait gagné trois mois plus tôt à Roland-Garros, ce dont nous avions parlé ici : Alexander Zverev, diabétique de type 1, remporte Roland-Garros 2026.

Sa formule après la victoire résume trente ans d'attente : la famille Zverev n'avait aucun titre du Grand Chelem, elle en a désormais deux en trois mois.

Mais ce n'est pas le tennis qui a fait le tour du monde cette nuit-là. C'est son discours, et l'écran qu'on l'avait vu consulter pendant la finale.

Ce que Zverev regarde vraiment : un capteur de glycémie, pas un téléphone

L'objet qu'il sort de son sac de raquettes est un appareil dédié, sans carte SIM ni accès au réseau. Il est relié en Bluetooth à son capteur de glucose en continu, ce petit disque porté sur le bras qui mesure le glucose du liquide interstitiel et transmet une valeur toutes les quelques minutes.

Ce qu'il lit en trois secondes, une piqûre au doigt ne le lui donnerait pas. Un lecteur capillaire annonce un chiffre, un point isolé. Le capteur, lui, affiche le chiffre et sa flèche de tendance : monte, descend, stable. Entre deux jeux, c'est la seule information qui permette de décider s'il faut manger maintenant ou attendre le prochain changement de côté.

Ce qu'il y a dans le sac de raquettes

  • Le récepteur du capteur. Un écran dédié, sans ligne téléphonique, consulté à chaque changement de côté.
  • De quoi se resucrer. Comme pour n'importe quel diabétique de type 1 qui fait du sport, et pour les mêmes raisons.
  • Son stylo à insuline. Zverev a déjà expliqué s'injecter lui-même pendant les matchs, parfois sur le court.

Ce n'est pas nouveau chez lui. En 2019, alors qu'il n'avait pas encore rendu son diabète public, on l'avait soupçonné de consulter un téléphone dans son sac en plein match. C'était déjà son lecteur de glycémie. Il a attendu 2022 pour en parler.

Pourquoi le règlement du tennis l'autorise

Le règlement de l'ATP est clair : un joueur ne peut pas utiliser d'appareil électronique pendant un match, sauf accord préalable. C'est ce qui interdit le téléphone, la montre connectée, l'oreillette.

Le mot qui change tout est « sauf accord ». Un dispositif médical nécessaire à la santé du joueur entre dans les exceptions, et c'est à ce titre que Zverev consulte son écran sous les yeux de l'arbitre, sans se cacher.

Il faut mesurer ce que cette autorisation ne fait pas. Elle ne lui donne aucune information sur son adversaire, aucun conseil de son entraîneur, aucun avantage tactique. Elle lui dit si son taux de sucre descend. C'est tout, et c'est déjà énorme quand on joue quatre heures.

L'autre autorisation, celle dont personne ne parle : l'insuline est un produit dopant

Voilà le point que la presse généraliste confond systématiquement avec le précédent, alors qu'il n'a rien à voir.

L'insuline figure sur la liste des interdictions de l'Agence mondiale antidopage, à la rubrique des modulateurs hormonaux et métaboliques, et elle y est interdite en permanence, en compétition comme à l'entraînement.

La raison mérite d'être expliquée, parce qu'elle surprend toujours. Le rôle de l'insuline est de faire entrer dans les muscles ce qui circule dans le sang : le sucre, qui leur sert de carburant, et les briques qui servent à les fabriquer. Chez quelqu'un dont le pancréas fonctionne normalement, s'en injecter en plus pousse donc le muscle à se construire plus vite, et permet de refaire le plein d'énergie plus vite après l'effort. Les muscles stockent ce carburant sous une forme qui porte un nom savant, le glycogène, mais l'idée tient en une image : c'est leur réservoir.

Voilà ce que cherchent les tricheurs. Et c'est aussi, pour un sportif non diabétique, extrêmement dangereux : de l'insuline dont le corps n'a pas besoin fait chuter la glycémie, et une hypoglycémie sévère peut être mortelle.

Conséquence : un sportif de haut niveau diabétique de type 1 doit demander une autorisation d'usage à des fins thérapeutiques, une AUT, pour avoir le droit de s'injecter l'hormone sans laquelle il mourrait. En France, l'Agence française de lutte contre le dopage l'accorde pour une durée qui peut aller jusqu'à dix ans, avec réévaluation.

Deux autorisations, deux logiques différentes

  • L'écran sur le court. Une dérogation au règlement sportif, qui interdit les appareils électroniques. Elle porte sur un objet.
  • L'insuline. Une autorisation antidopage, parce que la molécule est sur la liste des interdictions. Elle porte sur un médicament.
  • Pourquoi la distinction compte. Confondre les deux donne l'impression d'un joueur qui bénéficierait d'un régime de faveur. La réalité est l'inverse : il lui faut deux démarches administratives là où les autres n'en font aucune.

Ce que son discours a dit aux parents d'enfants diabétiques

Après la balle de match, Zverev a remercié sa mère, qui ne regarde jamais ses matchs. Et il a raconté ce qu'on lui avait dit, à elle, quand il avait quatre ans.

« Quand votre fils de quatre ans reçoit un diagnostic de diabète et que les médecins vous disent que sa vie et le sport seront très, très limités, il faut une mère très, très forte pour sortir de ces cabinets en disant : mon fils sera ce qu'il voudra être. » Alexander Zverev, discours de victoire, US Open, 13 septembre 2026

C'est une scène que beaucoup de parents reconnaîtront. Le pronostic prudent, la liste de ce qui ne sera plus possible, prononcée dans un bureau, le jour même du diagnostic. Vingt-cinq ans plus tard, l'enfant à qui on promettait une vie limitée est numéro deux mondial et vient de gagner deux tournois du Grand Chelem en trois mois.

Ce que cette victoire ne prouve pas

Il faut dire la limite, sinon cet article devient une carte postale.

Alexander Zverev ne vit pas le diabète que vous vivez. Il dispose d'une équipe médicale permanente, d'un accès immédiat au meilleur matériel, d'un emploi du temps construit autour de sa performance, et d'un corps de sportif de haut niveau entraîné depuis l'enfance. Sa réussite dit ce qui est possible, elle ne dit pas ce qui est facile, et elle ne fait pas de l'échec des autres une paresse.

Cet article ne vous apprendra pas non plus à jouer au tennis avec un diabète de type 1. À l'effort, les muscles consomment du glucose par une voie qui ne dépend pas de l'insuline, ce que le lexique explique à la fiche GLUT-4, et la glycémie descend. Mais l'adrénaline de la compétition, elle, la fait monter. Ces deux effets se contredisent, ils varient d'une personne à l'autre, et personne ne peut vous donner votre réglage sans vous connaître. Cette conversation se tient avec votre diabétologue.

Un dernier point, moins visible : le capteur a un retard sur le sang, et ce retard s'accentue quand la glycémie bouge vite, donc exactement à l'effort. C'est ce que nous détaillons dans le retard du capteur de glucose. Zverev le sait, et c'est pour ça qu'il regarde la flèche autant que le chiffre.

Lire une courbe pendant l'effort, ça s'apprend

Savoir ce que dit une flèche de tendance, et ce qu'elle ne dit pas, change la façon dont on aborde une séance de sport. C'est le genre de lecture que nous travaillons dans les cours de l'Académie, exercices à l'appui. Et le lexique reste gratuit, comme toujours, si vous cherchez simplement à comprendre un terme.

Diabète Campus.

Questions fréquentes sur Zverev, son capteur et le règlement

Pourquoi Alexander Zverev regarde-t-il son téléphone pendant ses matchs ?

Ce n'est pas un téléphone. C'est un appareil dédié, sans carte SIM ni accès au réseau, relié en Bluetooth à son capteur de glucose en continu. Il y lit sa glycémie et sa tendance entre deux jeux. Alexander Zverev vit avec un diabète de type 1 depuis l'âge de quatre ans, et cette information lui sert à savoir s'il doit manger maintenant ou non.

Les téléphones ne sont-ils pas interdits sur un court de tennis ?

Si. Le règlement de l'ATP interdit aux joueurs d'utiliser un appareil électronique pendant un match, sauf accord préalable. Un dispositif médical nécessaire à la santé du joueur relève de ces exceptions. C'est pour cette raison que Zverev consulte son écran ouvertement, sous les yeux de l'arbitre, et non en cachette.

Est-ce que son capteur lui donne un avantage sur son adversaire ?

Non. L'appareil n'affiche qu'une donnée médicale le concernant : son taux de glucose et le sens dans lequel il évolue. Aucune information sur l'adversaire, aucun conseil d'entraîneur, aucune analyse de jeu. Il ne fait pas gagner un point, il évite une hypoglycémie en finale.

L'insuline est-elle vraiment considérée comme un produit dopant ?

Oui, et c'est le point le plus mal compris de ce dossier. L'insuline figure sur la liste des interdictions de l'Agence mondiale antidopage, et elle y est interdite en permanence. La raison est que son rôle est de faire entrer dans les muscles le sucre et les briques qui les construisent : chez quelqu'un dont le pancréas fonctionne, en injecter aide donc à prendre du muscle et à refaire le plein d'énergie plus vite. Un sportif diabétique de type 1 doit par conséquent obtenir une autorisation d'usage à des fins thérapeutiques pour s'injecter l'hormone sans laquelle il ne survivrait pas.

À quel âge Alexander Zverev a-t-il été diagnostiqué ?

À quatre ans. Les sources hésitaient entre trois et quatre ans, mais son discours de victoire à l'US Open tranche la question, puisqu'il évoque lui-même le diagnostic de son fils de quatre ans en parlant de ce qu'a vécu sa mère. Il n'a rendu son diabète public qu'en 2022, à vingt-cinq ans.

Peut-on faire du sport de haut niveau avec un diabète de type 1 ?

Zverev en est la démonstration, et il n'est pas seul : d'autres sportifs de haut niveau vivent avec un diabète de type 1 dans plusieurs disciplines. Ce que leur exemple montre, c'est que la maladie n'interdit pas la performance. Ce qu'il ne montre pas, c'est le travail d'ajustement quotidien que cela demande, ni l'encadrement médical dont ils disposent.

Comment gérer sa glycémie quand on joue au tennis ?

Cette réponse appartient à votre diabétologue, et à personne d'autre. Deux effets opposés se croisent pendant l'effort : les muscles consomment du glucose par une voie indépendante de l'insuline, ce qui fait baisser la glycémie, tandis que l'adrénaline de la compétition peut la faire monter. Le résultat varie selon l'intensité, la durée, le moment de la journée et la personne. Aucun article ne peut donner un réglage valable pour tout le monde.

Pourquoi regarde-t-il la flèche et pas seulement le chiffre ?

Parce qu'un capteur mesure le glucose du liquide sous la peau, pas celui du sang, et qu'il a donc un retard sur la réalité. Ce retard s'accentue quand la glycémie bouge vite, ce qui est précisément le cas pendant un effort. Le chiffre affiché raconte le passé proche, la flèche indique la direction : c'est elle qui permet d'anticiper.

⚕️ Ces informations sont données à titre éducatif par un Infirmier Diplômé d'État, lui-même diabétique de type 1. Elles ne remplacent pas l'avis de votre diabétologue. Ne modifiez jamais vos doses d'insuline ni votre protocole sportif sans validation médicale préalable.
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