Insulinémie et diabète de type 1
Terminologie : taux insuline sang, insulinémie basale, insulinémie à jeun, dosage insuline plasmatique, hyperinsulinisme
En bref
L'insulinémie est la concentration d'insuline dans le sang, exprimée en µUI/mL ou pmol/L. Sa mesure est utile pour le diagnostic différentiel des hypoglycémies, la caractérisation du diabète (DT1, DT2, MODY, insulinome) et l'évaluation de la résistance à l'insuline. Dans le DT1, l'insulinémie endogène est effondrée ou indétectable.
Insulinémie, qu'est-ce que c'est ?
L'insulinémie mesure la concentration d'insuline circulante dans le plasma sanguin. Chez une personne sans diabète, elle varie physiologiquement selon l'état nutritionnel : basse à jeun (les valeurs de référence sont propres à chaque laboratoire), elle s'élève après les repas puis revient progressivement à son niveau de base. Dans le DT1, la destruction des cellules bêta annihile cette sécrétion endogène : l'insulinémie est effondrée voire indétectable. L'insulinémie mesurée chez un DT1 traité reflète uniquement l'insuline exogène injectée, elle ne peut pas servir à évaluer la fonction des cellules bêta résiduelles, pour laquelle le peptide C est préféré.
Insulinémie : le mécanisme
L'insulinémie est régulée à la milliseconde par les cellules bêta des îlots de Langerhans. Sa sécrétion suit deux phases : une première phase rapide (pics dans les 2 à 5 minutes suivant une élévation glycémique, due à l'exocytose des granules préformés) et une seconde phase prolongée (synthèse et sécrétion de nouvelles molécules d'insuline sur 30 à 60 minutes). La mesure biologique de l'insulinémie utilise des dosages immunoradiométriques (IRMA) ou ELISA. Limitation importante : les anticorps anti-insuline (présents chez certains DT1 ayant reçu des insulines animales) et l'insuline exogène injectée (structure identique à l'insuline humaine) faussent le dosage. C'est pourquoi le peptide C (co-sécrété avec l'insuline mais absent des préparations injectables) est le marqueur de référence de la sécrétion insulinique endogène.
Insulinémie en chiffres
Les valeurs de référence de l'insulinémie mesurée à jeûne dépendent de la technique de dosage : elles figurent sur le compte rendu de chaque laboratoire. Devant une hypoglycémie chez une personne sans diabète, le guide de l'Endocrine Society (Cryer et al., J Clin Endocrinol Metab, 2009) recommande de doser pendant l'épisode la glycémie, l'insuline, le peptide C, la proinsuline, le bêta-hydroxybutyrate et les hypoglycémiants oraux circulants, ainsi que les anticorps anti-insuline : c'est ce qui distingue un hyperinsulinisme endogène (insulinome) d'une prise d'insuline ou d'un hypoglycémiant. Le même guide rappelle que l'insuline et les hypoglycémiants prescrits pour un diabète sont la première cause d'hypoglycémie. Une insulinémie indétectable face à une glycémie élevée traduit une insulinopénie sévère, compatible avec un DT1.
Insulinémie au quotidien avec un DT1
Le dosage de l'insulinémie n'est pas un examen de routine dans le suivi standard du DT1 : le CGM et l'HbA1c suffisent dans la grande majorité des cas. Ses indications spécifiques dans le contexte du DT1 sont : le bilan d'une hypoglycémie sévère inexpliquée (distinguer une cause endogène (insulinome) d'une cause exogène, injection accidentelle ou factice), le diagnostic différentiel entre DT1 et MODY (insulinémie effondrée en DT1 ; conservée ou élevée en MODY selon le sous-type), et l'évaluation de la réserve insulinique résiduelle dans les essais cliniques de préservation des cellules bêta (où le peptide C est cependant préféré).
✅ L'insulinémie revient souvent dans les questions de celles et ceux qui lisent des publications scientifiques sur le DT1, et la confusion est presque toujours la même. D'un côté l'insulinémie endogène, celle que produit le pancréas et qu'un dosage sanguin mesure. De l'autre l'insuline active issue des injections, ce qu'on appelle l'IOB, calculée à partir des doses récentes. Les deux notions n'ont rien à voir : l'insulinémie biologique n'est pas un outil de gestion quotidienne, contrairement à l'IOB qui oriente les décisions de bolus en temps réel. Et pour savoir s'il reste des cellules bêta fonctionnelles, c'est le peptide C qu'on dose, pas l'insulinémie, que les injections fausseraient.
Insulinémie : questions fréquentes
1Peut-on mesurer l'insulinémie pour savoir si l'on est encore en lune de miel ?
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Techniquement oui, mais le peptide C est préféré pour deux raisons. Premièrement, le peptide C n'est pas affecté par l'insuline injectée (qui a la même structure que l'insuline endogène et serait incluse dans le dosage de l'insulinémie), alors que le peptide C est co-sécrété avec l'insuline endogène mais absent des préparations pharmaceutiques. Deuxièmement, le peptide C a une demi-vie plasmatique plus longue (20 à 30 minutes) que l'insuline (3 à 5 minutes), le rendant plus stable et plus facile à mesurer avec précision. Un peptide C stimulé > 0,2 nmol/L (après stimulation au glucagon ou repas mixte) confirme une sécrétion résiduelle des cellules bêta, ce qui est le marqueur de la lune de miel dans les essais cliniques.
2Une insulinémie élevée peut-elle être observée dans le DT1 ?
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Oui, dans deux situations. Premièrement, si l'insulinémie est mesurée peu de temps après une injection d'insuline exogène, l'insuline injectée est indiscernable de l'insuline endogène par les tests habituels et élève le dosage. Deuxièmement, lors de la lune de miel du DT1 (premiers mois après le diagnostic), des cellules bêta résiduelles fonctionnelles peuvent encore sécréter une quantité significative d'insuline. Dans ce contexte, l'insulinémie peut sembler 'normale' ou peu abaissée, alors que la déstruction auto-immune est bien en cours. C'est une des raisons pour lesquelles l'insulinémie seule ne suffit pas à poser le diagnostic de DT1 sans le contexte clinique et le dosage des autoanticorps.
Sources
Cryer P.E. et al. : Evaluation and management of adult hypoglycemic disorders, an Endocrine Society clinical practice guideline (J Clin Endocrinol Metab, 2009)
Ces informations sont données à titre éducatif par un Infirmier Diplômé d'État, lui-même patient DT1. Cette fiche ne remplace pas l'avis de votre médecin ni le protocole personnalisé établi par votre équipe soignante. Les ordres de grandeur cités ne sont pas des consignes : n'ajustez jamais vos doses sur la base de cette page.
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