Journée mondiale du diabète 2026 (14 novembre) : le thème « Agir tôt contre le diabète » et le diabète de type 1

- ●La date : le 14 novembre, chaque année depuis 1991. En 2026, c'est un samedi. Les Nations unies en ont fait une journée officielle par une résolution du 20 décembre 2006.
- ●Le thème 2026-2027 : « Agir tôt contre le diabète » (en anglais, Early action on diabetes), centré sur le diagnostic précoce et la réduction des facteurs de risque.
- ●Le message qui vise le type 1 : la Fédération internationale du diabète et l'Organisation mondiale de la santé le disent toutes les 2 : le diabète de type 1 est souvent repéré trop tard ou mal diagnostiqué, en particulier chez l'adulte.
- ●Le chiffre français : en 2023, 42,3 % des enfants de moins de 15 ans chez qui un diabète de type 1 a été découvert sont arrivés à l'hôpital en acidocétose modérée ou sévère, une complication grave qu'un diagnostic plus précoce permet souvent d'éviter.
- ●Les signes à connaître : urines fréquentes, soif intense, fatigue, amaigrissement, et chez l'enfant le retour du pipi au lit. Devant ces signes, une simple glycémie au bout du doigt, le jour même, peut tout changer.
Le 11 janvier 1922, à l'hôpital général de Toronto, un adolescent nommé Leonard Thompson reçoit une injection d'un extrait de pancréas. L'extrait a été préparé dans le laboratoire de John Macleod par un jeune chirurgien, Frederick Banting, et un étudiant, Charles Best. Ce premier essai est un échec. Le 23 janvier, l'équipe recommence avec un extrait purifié par le biochimiste James Collip. Cette fois, il agit.
Avant cet hiver-là, découvrir un diabète chez un enfant revenait à le condamner. Un peu plus d'un siècle plus tard, je vis avec cette maladie depuis février 2023, avec de l'insuline toujours à portée de main. Je la dois à ces 4 noms.
Frederick Banting est né un 14 novembre, en 1891. C'est pour cela que, chaque année, le monde consacre cette date au diabète. Le 14 novembre 2026 tombe un samedi, et son thème tient en une formule : « Agir tôt contre le diabète ». Il a été pensé d'abord pour le diabète de type 2, qui représente l'immense majorité des cas. Mais l'un de ses messages vise directement le type 1, et c'est celui-là que je voudrais prendre au sérieux ici : ce qu'agir tôt veut dire, concrètement, quand le diabète est auto-immun.
Journée mondiale du diabète : pourquoi le 14 novembre, depuis 1991
Le 14 novembre, date de naissance de Frederick Banting
Parce que c'est la date de naissance de Frederick Banting, né le 14 novembre 1891 à Alliston, au Canada. Ses travaux commencés en 1921 à Toronto avec Charles Best, dans le laboratoire de John Macleod, puis avec le biochimiste James Collip arrivé en décembre, ont abouti en janvier 1922 à la première insuline utilisable chez l'humain. Le prix Nobel de médecine 1923 a récompensé Banting et Macleod « pour la découverte de l'insuline » : Banting a partagé son prix avec Best, et Macleod le sien avec Collip.
Un détail qu'on lit souvent de travers : beaucoup de sites, y compris officiels, datent la découverte de 1922. Les expériences datent de 1921, et c'est la première injection à un patient qui date de janvier 1922.
Une journée créée par la FID en 1991, reconnue par l'ONU en 2006
La journée a été lancée en 1991 par la Fédération internationale du diabète (FID, ou IDF en anglais), avec le parrainage de l'Organisation mondiale de la santé. Pendant 15 ans, elle est restée une initiative de la FID, parrainée par l'OMS, sans statut officiel aux Nations unies.
Elle a changé de statut le 20 décembre 2006, quand l'Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution 61/225. Son premier paragraphe fait du 14 novembre une journée des Nations unies, observée chaque année à partir de 2007. La page anglaise des Nations unies date d'ailleurs cette résolution de 2007, à tort : le texte lui-même porte bien la date de 2006.
Le cercle bleu, logo et symbole mondial du diabète
Jusqu'en 2006, le diabète n'avait aucun symbole commun. Le cercle bleu a été dessiné pour la campagne qui a abouti à la résolution de l'ONU, puis il est resté. La Fédération internationale du diabète en a donné le sens : le cercle symbolise l'unité, et son bleu reprend la couleur du ciel et celle du drapeau des Nations unies.
C'est pour cela que le bleu est la couleur du 14 novembre : un pin's en forme de cercle, un vêtement, des bâtiments éclairés en bleu dans plusieurs pays.
Thème de la Journée mondiale du diabète 2026 : « Agir tôt contre le diabète »
La Fédération internationale du diabète l'a annoncé le 4 mars 2026 : « Agir tôt contre le diabète » (Early action on diabetes) est le thème des éditions 2026 et 2027. Pour le 14 novembre 2026, l'accent porte sur le diagnostic précoce et la réduction des facteurs de risque. Le hashtag officiel de la campagne en français est #AgirTôtContreLeDiabète.
Ce thème arrive plus tôt que prévu. En 2024, la Fédération avait annoncé « Diabète et bien-être » comme un thème sur 3 ans, de 2024 à 2026. Il n'aura finalement duré que 2 éditions : 2024, puis 2025, consacrée au diabète au travail. « Agir tôt » prend sa place dès 2026, sans que la Fédération explique ce changement dans son annonce.
Pourquoi « agir tôt » : 252 millions d'adultes non diagnostiqués
Les chiffres qui le justifient viennent de l'Atlas de la Fédération internationale du diabète, 11e édition, publiée en 2025 avec les données de 2024 :
Les chiffres du diabète dans le monde (Atlas de la FID, 2025)
- ●589 millions d'adultes de 20 à 79 ans vivent avec un diabète, soit 1 sur 9.
- ●853 millions sont attendus en 2050, soit 1 adulte sur 8.
- ●252 millions d'entre eux ne savent pas qu'ils sont diabétiques, soit 43 %.
- ●Plus de 3,4 millions de décès par an sont attribués au diabète.
- ●Pour le type 1, le T1D Index estime à 9,5 millions le nombre de personnes concernées en 2025, et à 174 000 les décès prématurés par an, dont 17,2 % faute de diagnostic au moment où la maladie s'est déclarée.
Ce dernier chiffre est celui que je retiens. Environ 30 000 personnes meurent chaque année d'un diabète de type 1 que personne n'a reconnu à temps. Nous avons consacré un article entier à ces estimations mondiales et à la façon de les lire : combien de personnes vivent avec un diabète de type 1 dans le monde.
L'Organisation mondiale de la santé reprend le même thème pour 2026, et le formule ainsi : un diagnostic plus précoce, l'accès à des soins complets, et la lutte contre la stigmatisation. Elle rappelle aussi les cibles adoptées par ses États membres en 2022 : que 80 % des personnes diabétiques soient diagnostiquées d'ici 2030, et que 100 % des personnes vivant avec un diabète de type 1 aient accès à une insuline abordable et de quoi surveiller leur glycémie.
Le message de l'OMS et de la FID sur le diabète de type 1
Parmi les 7 messages clés de la Fédération, l'un ne parle que de lui. Dans sa version française, la Fédération l'écrit ainsi : « Le diabète de type 1 est souvent non détecté ou mal diagnostiqué ». L'Organisation mondiale de la santé le précise : il peut apparaître à tout âge, et il est fréquemment manqué ou mal classé, en particulier chez l'adulte.
La Fédération ajoute que plus de la moitié des nouveaux diagnostics de diabète de type 1 concernent des personnes de 20 ans ou plus. L'image du diabète de type 1 réservé aux enfants est l'une des raisons pour lesquelles il est reconnu tard.
Le diabète de type 1 ne se prévient pas par l'hygiène de vie
C'est la phrase que j'aimerais voir reprise partout le 14 novembre, parce que la campagne parle beaucoup de « facteurs de risque » et que ce vocabulaire ne vaut que pour le type 2.
Le diabète de type 1 est une maladie auto-immune : le système immunitaire détruit les cellules bêta du pancréas, celles qui fabriquent l'insuline. Ni l'alimentation, ni le poids, ni le sport ne l'ont provoqué, et aucun ne l'aurait empêché. Nous avons détaillé ce mécanisme dans le bug de nos soldats, et la différence entre les 2 maladies dans la fiche diabète de type 1 et type 2.
Ce n'est pas un point de détail. Une personne diabétique de type 1 entend toute l'année qu'elle aurait « dû faire attention ». Le 7e message de la Fédération s'intitule justement « Favoriser le soutien, pas la stigmatisation ». Pour le type 1, agir tôt ne veut pas dire empêcher la maladie : cela veut dire la repérer plus tôt, et la soigner mieux dès le début.
Agir tôt contre le diabète de type 1 : les 4 moments qui comptent
Un diabète de type 1 ne commence pas le jour du diagnostic. Il commence souvent des années avant, en silence. Agir tôt peut donc se faire à 4 moments, et chacun évite quelque chose de différent.
| Moment | Ce qui se passe | Ce qu'agir tôt permet |
|---|---|---|
| Avant les symptômes (stades 1 et 2) | Des auto-anticorps sont présents dans le sang, la glycémie est encore normale ou commence à se dérégler. | Être suivi, connaître les signes, et au stade 2 envisager un traitement qui retarde le diabète déclaré. |
| Aux premiers signes (début du stade 3) | Soif, urines abondantes, fatigue, amaigrissement. | Une glycémie au bout du doigt le jour même, avant que l'acidocétose ne s'installe. |
| Au diagnostic | Le diabète est confirmé, l'insuline commence. | Entrer dans la maladie sans passer par la réanimation, et commencer l'éducation tout de suite. |
| Les premières années | Le traitement se met en place, souvent pendant une période de « lune de miel ». | Un bon équilibre précoce, qui laisse une trace durable sur le risque de complications. |
Dépister le diabète de type 1 avant les symptômes : les stades 1 et 2
Depuis 2015, les spécialistes décrivent le diabète de type 1 en 3 stades :
Les 3 stades du diabète de type 1
- ●Stade 1. Au moins 2 auto-anticorps dirigés contre les îlots du pancréas (les cellules qui fabriquent l'insuline), avec une glycémie normale. Aucun symptôme.
- ●Stade 2. Les mêmes auto-anticorps, et une glycémie qui commence à se dérégler (dysglycémie). Toujours aucun symptôme.
- ●Stade 3. Le diabète déclaré, celui que tout le monde connaît : symptômes, besoin d'insuline, et parfois acidocétose.
Une fois 2 auto-anticorps présents, la maladie a très probablement commencé. Une étude de référence, publiée dans JAMA en 2013, a suivi depuis la naissance 13 377 enfants à risque génétique. Parmi eux, 585 ont développé au moins 2 auto-anticorps : 10 ans après l'apparition de ces anticorps, 69,7 % avaient un diabète déclaré, et 84,2 % au bout de 15 ans. Avec un seul auto-anticorps, le risque à 10 ans tombait à 14,5 %.
On peut donc trouver un diabète de type 1 avant qu'il ne se voie, par une simple prise de sang qui recherche ces auto-anticorps. Le 10 septembre 2026, un consensus international publié dans Diabetologia a recommandé, là où les moyens existent, de proposer ce dépistage à tous les enfants, à 2-4 ans, puis à 6-8 ans et à 10-15 ans. Nous l'avons détaillé point par point dans ce que recommande le consensus international sur le dépistage.
Dépistage du diabète de type 1 en France : le programme PRÊT1D
La France n'a pas de dépistage pour tous. Ce qui existe, c'est le programme PRÊT1D, coordonné par les professeurs Roberto Mallone et Jacques Beltrand. Il vise en priorité les apparentés d'une personne diabétique de type 1, enfants comme adultes, avec une piqûre au bout du doigt faite à domicile et envoyée par la poste au laboratoire de l'hôpital Cochin. Selon une estimation de la Fondation Francophone pour la Recherche sur le Diabète, environ 8 % des personnes dépistées auraient un résultat positif. Nous avons expliqué comment y accéder dans tout savoir sur le dépistage PRÊT1D.
Au stade 2, le téplizumab (Teizeild) retarde le diabète déclaré
Agir tôt n'aurait pas le même sens sans le téplizumab. Vendu sous le nom de Teizeild, il est accessible en France depuis le 16 avril 2026 dans le cadre d'un accès précoce, à partir de 8 ans, pour un diabète de type 1 de stade 2. Dans l'essai TN-10, publié en 2019 dans le New England Journal of Medicine, le diabète déclaré survenait en médiane au bout de 48,4 mois sous traitement, contre 24,4 mois sous placebo : environ 2 ans de gagnés. Ce n'est pas une guérison, c'est un report. Tout est expliqué dans le Teizeild en France, pour qui et ce qu'il change.
Le lien entre les 2 est simple : on ne peut traiter au stade 2 que ce qu'on a trouvé au stade 2. Un pays qui ne repère le diabète de type 1 qu'aux urgences ne peut pas proposer ce traitement.
Symptômes du diabète de type 1 : les signes qui doivent faire agir le jour même
La plupart des diabètes de type 1 sont encore découverts au stade 3, quand les symptômes apparaissent. C'est là que le temps compte le plus, parce que l'acidocétose peut s'installer en quelques jours.
Les 5 signes d'un diabète de type 1 qui se déclare
- ●Uriner souvent et beaucoup, y compris la nuit (c'est la polyurie).
- ●Avoir une soif intense, boire sans arrêt sans être désaltéré (la polydipsie).
- ●Chez l'enfant, refaire pipi au lit alors qu'il était propre.
- ●Une fatigue inhabituelle, qui ne passe pas avec le repos.
- ●Maigrir sans raison, parfois en mangeant plus que d'habitude.
Au Royaume-Uni, on les résume par la règle des « 4T » : Toilet, Thirsty, Tired, Thinner. La Fédération internationale du diabète en reprend les 4 signes sur la page française de la campagne : toilettes, soif, fatigue, amaigrissement. D'autres signes imposent de consulter en urgence, parce qu'ils annoncent une acidocétose : nausées, vomissements, douleurs au ventre, respiration rapide et profonde, haleine qui sent le dissolvant (l'acétone).
Que faire devant ces signes chez un enfant ?
L'association française Aide aux Jeunes Diabétiques (AJD) mène depuis 2024 une campagne nationale, « Ensemble, repérons les signes du diabète de type 1 avant qu'il ne soit trop tard ». Elle met en avant 3 signes chez l'enfant : les urines fréquentes, le retour du pipi au lit et la soif intense. Sa consigne est nette :
Les consignes de l'Aide aux Jeunes Diabétiques, en 3 points
- ●Mesurer la glycémie au bout du doigt, ou faire une bandelette urinaire.
- ●Si la glycémie atteint ou dépasse 2 g/L (200 mg/dL, 11,1 mmol/L) (200 mg/dL), à n'importe quel moment de la journée, l'enfant doit être adressé sans attendre aux urgences pédiatriques.
- ●Si les 3 signes sont réunis, consulter en urgence un professionnel de santé, le jour même. Si ce n'est pas possible ou si l'état s'aggrave, aller directement aux urgences pédiatriques.
Les recommandations britanniques du NICE disent la même chose, avec une précision qui compte : un enfant chez qui on suspecte un diabète de type 1 doit être adressé à une équipe spécialisée le jour même. Pas le lendemain, pas après un bilan au laboratoire dont il faudra attendre les résultats.
Je le dis avec ma casquette d'infirmier : la glycémie capillaire est l'un des gestes les plus simples qui soient. Un médecin, une infirmière, ou un proche diabétique équipé d'un lecteur la fait en 1 minute. Elle ne pose pas le diagnostic, c'est le médecin qui le pose. Mais elle fait gagner les heures qui séparent une prise en charge tranquille d'une entrée en réanimation.
Acidocétose au diagnostic : ce qu'un diagnostic précoce permet d'éviter
L'acidocétose survient quand le corps, privé d'insuline, brûle ses graisses en urgence et produit des corps cétoniques en excès, qui rendent le sang acide. C'est la complication la plus grave d'un diabète de type 1 qu'on n'a pas encore reconnu.
En France, 42,3 % des enfants diagnostiqués en acidocétose
Selon l'Observatoire de l'AJD, repris par Santé publique France, plus de 4 enfants de moins de 15 ans sur 10 diagnostiqués en 2023 (42,3 %) sont arrivés à l'hôpital en acidocétose modérée (24,9 %) ou sévère (17,5 %), avec un coma dans 3 % des cas. Le chiffre ne bouge guère : une étude de 2014 portant sur 1 299 enfants dans 146 centres français trouvait déjà 43,9 %.
Cette même étude montre un écart frappant. Quand un membre de la famille (parent, frère ou sœur, ou grand-parent) avait déjà un diabète de type 1, l'acidocétose ne touchait plus que 20,1 % des enfants, sans doute parce que la famille connaissait déjà les signes. Savoir, c'est déjà agir tôt.
Le nombre de jeunes concernés augmente, ce qui rend la question plus pressante. En France, les moins de 20 ans vivant avec un diabète de type 1 étaient 20 300 en 2012 et 31 400 en 2023, selon Santé publique France, et plus de 2 300 enfants de moins de 15 ans le découvrent chaque année.
Pourquoi l'acidocétose est dangereuse chez l'enfant
Dans les pays riches, l'acidocétose de l'enfant reste mortelle dans moins de 1 % des cas. Sa complication la plus redoutée est l'atteinte du cerveau, l'œdème cérébral : elle touche 0,5 à 0,9 % des enfants en acidocétose, et elle est alors mortelle dans 21 à 24 % des cas, selon les recommandations internationales de l'ISPAD.
En France, une étude publiée en 2022 sur les décès d'enfants diabétiques de type 1 entre 1987 et 2016 a montré que l'acidocétose causait 58 % des décès dus au diabète de type 1 chez les 1 à 14 ans, et 70 % chez les 1 à 4 ans, ceux chez qui les signes sont les plus difficiles à repérer.
Elle laisse aussi une trace sur la durée. Une étude américaine de 2017 a montré qu'un diagnostic fait en acidocétose s'accompagne d'une HbA1c plus élevée pendant les années qui suivent, jusqu'à 15 ans de suivi : en moyenne 1,4 point de plus après une acidocétose sévère, 0,9 point de plus après une forme légère ou modérée.
Parme, 1991 : une campagne d'affiches qui a fait chuter l'acidocétose
Dans la province de Parme, en Italie, une équipe a lancé en 1991 une campagne toute simple : des affiches sur les signes du diabète dans 177 écoles, et pour les pédiatres du secteur, de quoi mesurer la glycémie et le sucre dans les urines au cabinet, avec des fiches d'aide au diagnostic. Coût total sur 8 ans : 23 470 dollars. Chez les enfants de 6 à 14 ans, l'acidocétose au diagnostic est passée de 78 % à 12,5 %, alors qu'elle restait à 83 % dans les régions voisines sans campagne. Les effectifs étaient petits, et le résultat est à lire avec prudence. Mais il montre que l'on peut faire baisser ce chiffre sans aucune technologie.
En France, le bilan est plus modeste. Après 1 an de campagne de l'AJD, une étude de 2015 a mesuré un recul de l'acidocétose de 43,9 % à 40,5 %, une baisse trop faible pour être certaine, mais une baisse nette des formes sévères, de 14,8 % à 11,4 %. C'est tout l'enjeu d'une journée comme le 14 novembre : informer assez de monde pour que le chiffre bouge vraiment.
Le 26 février 2023, je suis arrivé aux urgences à 6,6 g/L (660 mg/dL, 36,6 mmol/L), en acidocétose, et l'entrée s'est faite en salle de déchocage. J'étais infirmier, et il m'a quand même fallu des semaines pour faire le lien entre cette soif permanente et ce qui se passait vraiment. Si un soignant passe à côté sur lui-même, imaginez un parent à qui personne n'a jamais parlé de ces signes.
Nicolas Zeghmati, infirmier diplômé d'État, diabétique de type 1
J'ai raconté cette nuit en détail, et ce qu'elle a changé pour moi, sur ma page de présentation.
Diabète de type 1 chez l'adulte : souvent pris pour un diabète de type 2
C'est le versant le moins connu du thème de cette année, et c'est celui que la Fédération internationale du diabète et l'Organisation mondiale de la santé ont choisi de souligner.
Le diabète de type 1 n'est pas une maladie d'enfant. Une grande étude britannique publiée en 2018, menée sur la cohorte UK Biobank, a montré que 42 % des diabètes de type 1 apparus avant 60 ans s'étaient déclarés entre 31 et 60 ans. Ils restent minoritaires à cet âge, noyés parmi les diabètes de type 2, et c'est précisément ce qui les rend difficiles à repérer.
Le consensus de l'Association américaine du diabète et de l'Association européenne pour l'étude du diabète sur le diabète de type 1 de l'adulte, publié le 16 septembre 2026 dans Diabetologia, le chiffre sans détour : plus de 40 % des personnes diagnostiquées après 30 ans sont d'abord traitées comme des diabétiques de type 2. Une autre étude britannique, publiée en 2019, a repéré parmi des adultes diagnostiqués après 30 ans ceux qui avaient en réalité un diabète de type 1 (besoin d'insuline dans les 3 ans et production d'insuline quasi nulle) : 38 % n'avaient pas reçu d'insuline au diagnostic.
Les conséquences sont réelles : des mois sous comprimés inefficaces, une glycémie qui ne s'améliore pas, parfois une acidocétose qui finit par révéler la vérité. Le même consensus recommande, chez l'adulte chez qui un type 1 est suspecté, la recherche des auto-anticorps en première intention, à commencer par les anti-GAD. Le dosage du peptide C, qui reflète ce que le pancréas fabrique encore comme insuline, complète souvent le tableau.
Vous entendrez parfois parler de LADA, pour désigner un diabète auto-immun de l'adulte qui ne demande pas d'insuline au début. Le consensus de 2026 le qualifie de concept controversé, sans critères de diagnostic reconnus par tous. Ce qui compte n'est pas le nom, c'est de savoir que le diabète est auto-immun.
Si votre diabète a été classé en type 2 et que ce classement vous pose question, c'est à votre médecin qu'il faut la poser. Ce n'est pas un diagnostic que l'on peut faire seul, ni sur internet.
Après le diagnostic de diabète de type 1 : pourquoi les premières années comptent
Agir tôt ne s'arrête pas le jour où l'insuline commence. C'est même là que se joue une partie du long terme.
La « mémoire métabolique » : ce que montre l'étude DCCT
La grande étude américaine DCCT, publiée en 1993, a suivi 1 441 personnes diabétiques de type 1 pendant 6,5 ans en moyenne, réparties entre 2 façons de se soigner. Le traitement « classique » de l'époque reposait sur 1 ou 2 injections d'insuline par jour. Le traitement « intensif » passait par une pompe ou au moins 3 injections par jour, guidées par des glycémies fréquentes au bout du doigt : c'est, à peu de chose près, le principe des traitements d'aujourd'hui. Ce traitement intensif réduisait de 76 %, chez ceux qui n'en avaient pas au départ, le risque d'apparition d'une rétinopathie, et de 60 % celui d'une neuropathie. En contrepartie, les hypoglycémies sévères étaient 2 à 3 fois plus fréquentes.
Le plus surprenant est venu ensuite. Après l'essai, les 2 groupes ont été suivis pendant des années dans l'étude EDIC, et leurs HbA1c se sont rapprochées (7,9 % contre 8,2 %). Pourtant, ceux qui avaient été bien équilibrés pendant l'essai gardaient l'avantage : moins d'aggravation de la rétinopathie, et après 17 ans de suivi, 42 % d'événements cardiovasculaires en moins. On a ensuite appelé ce phénomène la mémoire métabolique : les années d'équilibre comptent, et elles comptent longtemps.
Ce sont des résultats à l'échelle d'un essai, pas une promesse individuelle. Ils disent seulement que les premières années ne sont pas une période d'attente. Nous avons détaillé le suivi qui permet de repérer les complications tôt dans les examens de dépistage des complications et leur fréquence.
Ce qui existe en France dès le diagnostic
Éducation thérapeutique, capteur, ALD : les appuis des premiers mois
- ●L'éducation thérapeutique. La Haute Autorité de santé recommande de la proposer « à un moment proche de l'annonce du diagnostic ». C'est là qu'on apprend à compter les glucides, à corriger une glycémie trop haute, à se resucrer. Voir la fiche éducation thérapeutique.
- ●Le capteur de glucose. Le remboursement d'un capteur comme le FreeStyle Libre 2 Plus vise les personnes sous insulinothérapie intensifiée, adultes et enfants à partir de 2 ans, et le texte ne pose aucune condition d'ancienneté du diabète. La première prescription revient à un diabétologue ou à un pédiatre expérimenté.
- ●La prise en charge à 100 % du tarif de la Sécurité sociale. Certains frais restent à votre charge, mais les soins liés au diabète sont couverts au titre d'une affection de longue durée, à demander par le médecin.
- ●L'école. Pour un enfant, un projet d'accueil individualisé se prépare dès le retour en classe. Nous avons écrit le guide complet du PAI.
- ●Le soutien psychologique. L'annonce du diagnostic est un choc, et la charge mentale du diabète s'installe vite. En parler tôt n'est pas un luxe, voir notre article sur ce que le diabète de type 1 use vraiment.
Les premiers mois sont souvent marqués par une lune de miel : le pancréas fabrique encore un peu d'insuline, les besoins baissent, les glycémies paraissent faciles. Ce n'est pas une guérison, et c'est le meilleur moment pour apprendre, pendant que tout est encore simple.
Comment participer à la Journée mondiale du diabète 2026 en France
Pas besoin d'être soignant ni d'appartenir à une association. Voici ce qui est possible, et ce qui est déjà annoncé.
Que faire le 14 novembre 2026 : 6 façons de participer
- ●La réunion nationale de l'AJD, à Paris. Le samedi 14 novembre 2026, de 9 h à 21 h, à la Cité internationale universitaire de Paris : une journée d'échanges entre familles et soignants autour du diabète de type 1, avec des ateliers pour les adultes et des espaces pour les 4 à 14 ans. Inscription sur le site de l'association.
- ●Les événements partout dans le monde. La Fédération internationale du diabète publie une carte des activités déclarées. Au 1er octobre 2026, elle en recensait 76 dans 39 pays et territoires.
- ●Porter du bleu, ou le cercle bleu, et en expliquer le sens autour de soi.
- ●Partager les signes du diabète de type 1. C'est l'action la plus utile de toutes, et elle ne coûte rien. Un parent qui les connaît peut éviter une acidocétose à son enfant.
- ●Interpeller les décideurs. Le site anglais de la campagne propose un outil qui rédige une lettre aux responsables politiques. En France, le dépistage pour tous les enfants reste à décider.
- ●Utiliser le hashtag #AgirTôtContreLeDiabète sur les réseaux sociaux.
La Fédération Française des Diabétiques organise chaque année des actions autour du 14 novembre, avec ses associations locales. Au 1er octobre 2026, elle n'avait pas encore publié son programme pour cette édition. Cet article sera mis à jour dès qu'il le sera.
Ce qu'une journée mondiale ne fait pas
Elle ne dépiste personne. Une campagne fait connaître les signes, elle ne remplace pas une politique de dépistage. En France, il n'existe pas de dépistage du diabète de type 1 pour tous les enfants : seul PRÊT1D existe, pour les proches d'une personne déjà diabétique.
Elle ne parle pas d'abord du type 1. Une bonne partie des messages du 14 novembre visent le type 2 : les diabétiques qui s'ignorent, le test de risque, l'accès à une alimentation saine et à des lieux où bouger. Ils sont justes pour lui, et ils ne s'appliquent pas au type 1. Lus sans cette précision, ils nourrissent l'idée qu'un diabétique de type 1 l'a cherché.
Elle ne dure qu'une journée. Le diabète, lui, ne prend pas de pause. Ce qui reste de la campagne, ce sont les gens qui auront appris ce jour-là les signes à reconnaître.
Et ce site ne pose aucun diagnostic. Rien ici ne permet de savoir si vous ou votre enfant avez un diabète. Devant des signes, la seule bonne réponse est une glycémie le jour même et un avis médical.
Agir tôt, c'est aussi bien comprendre les premiers mois
Le diagnostic arrive souvent d'un coup, et tout ce qu'on n'a pas eu le temps d'expliquer à l'hôpital se découvre ensuite, seul. C'est pour cette période que j'ai écrit Le Socle, le guide de l'Académie Diabète Campus pour l'après-diagnostic : ce qui se passe dans votre corps, ce qu'il faut demander à votre équipe, et ce que personne ne vous avait dit. Il ne remplace ni votre diabétologue ni l'éducation thérapeutique : il vous aide à en tirer davantage.
👉 Découvrir Le Socle, le guide après le diagnostic
Et pour garder une trace lisible de votre quotidien et arriver en consultation avec autre chose que des souvenirs : l'application Diabète Campus, conçue par un infirmier lui-même diabétique de type 1.
Diabète Campus.
Questions fréquentes sur la Journée mondiale du diabète
Quelle est la date de la Journée mondiale du diabète 2026 ?
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La Journée mondiale du diabète 2026 a lieu le samedi 14 novembre 2026. Elle se tient chaque année à la même date, le 14 novembre, depuis sa création en 1991 par la Fédération internationale du diabète. Les Nations unies en ont fait une journée officielle par une résolution adoptée le 20 décembre 2006, observée depuis 2007.
Quel est le thème de la Journée mondiale du diabète 2026 ?
▼
Le thème est « Agir tôt contre le diabète », en anglais « Early action on diabetes ». Annoncé par la Fédération internationale du diabète le 4 mars 2026, il couvre les éditions 2026 et 2027. Pour le 14 novembre 2026, il met l'accent sur le diagnostic précoce et la réduction des facteurs de risque. L'un de ses 7 messages clés porte sur le diabète de type 1, souvent non détecté ou mal diagnostiqué, en particulier chez l'adulte. L'Organisation mondiale de la santé reprend le même thème.
Pourquoi la Journée mondiale du diabète a-t-elle lieu le 14 novembre ?
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Le 14 novembre est la date de naissance de Frederick Banting, né en 1891 au Canada. Avec Charles Best, dans le laboratoire de John Macleod à Toronto, il a commencé en 1921 les travaux qui ont abouti, avec James Collip, à la première insuline utilisable chez l'humain, injectée à un adolescent, Leonard Thompson, en janvier 1922. Banting et Macleod ont reçu le prix Nobel de médecine en 1923.
Que signifie le cercle bleu du diabète ?
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Le cercle bleu est le symbole mondial du diabète. Il a été créé en 2006 pour la campagne qui a abouti à la résolution des Nations unies sur la Journée mondiale du diabète. Selon la Fédération internationale du diabète, le cercle symbolise l'unité, et sa couleur bleue reprend celle du ciel et du drapeau des Nations unies. C'est pour cela que le bleu est la couleur du 14 novembre.
Peut-on prévenir le diabète de type 1 ?
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Pas par l'hygiène de vie. Le diabète de type 1 est une maladie auto-immune : ni l'alimentation, ni le poids, ni le sport ne le provoquent ou ne l'empêchent. Les messages de prévention de la Journée mondiale du diabète visent le type 2. Pour le type 1, agir tôt veut dire le repérer plus tôt, éventuellement avant les symptômes grâce à la recherche des auto-anticorps, et, au stade 2, envisager le téplizumab (Teizeild), accessible en France depuis avril 2026 à partir de 8 ans, qui retarde en médiane de 2 ans environ l'apparition du diabète déclaré, sans le guérir.
Quels sont les premiers signes du diabète de type 1 ?
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Les signes classiques sont des urines fréquentes et abondantes, une soif intense, une fatigue inhabituelle et un amaigrissement, résumés au Royaume-Uni par la règle des « 4T » : toilet, thirsty, tired, thinner. Chez l'enfant, le retour du pipi au lit alors qu'il était propre est un signe d'alerte. Devant ces signes, l'Aide aux Jeunes Diabétiques recommande une glycémie au bout du doigt ou une bandelette urinaire : à 2 g/L ou plus, l'enfant doit être adressé sans attendre aux urgences pédiatriques. En France, 42,3 % des enfants diagnostiqués en 2023 sont arrivés à l'hôpital en acidocétose modérée ou sévère.
Le diabète de type 1 peut-il apparaître à l'âge adulte ?
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Oui, et c'est fréquent. Selon la Fédération internationale du diabète, plus de la moitié des nouveaux diagnostics de diabète de type 1 concernent des personnes de 20 ans ou plus. Une étude britannique de 2018 a montré que 42 % des diabètes de type 1 apparus avant 60 ans se déclaraient entre 31 et 60 ans. Le consensus ADA et EASD de septembre 2026 indique que plus de 40 % des personnes diagnostiquées après 30 ans sont d'abord traitées comme des diabétiques de type 2, et recommande la recherche des auto-anticorps quand un type 1 est suspecté.
Combien de personnes ont un diabète dans le monde et en France ?
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Selon l'Atlas de la Fédération internationale du diabète publié en 2025, 589 millions d'adultes de 20 à 79 ans vivent avec un diabète dans le monde, soit 1 sur 9, et 43 % d'entre eux ne sont pas diagnostiqués. Le T1D Index estime à 9,5 millions le nombre de personnes vivant avec un diabète de type 1 en 2025. En France, Santé publique France compte plus de 3,8 millions de personnes traitées par médicament pour un diabète en 2023, soit 5,6 % de la population, et 31 400 jeunes de moins de 20 ans vivant avec un diabète de type 1.
Comment participer à la Journée mondiale du diabète ?
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En portant du bleu ou le cercle bleu, en partageant les signes du diabète de type 1 autour de soi, en relayant le hashtag #AgirTôtContreLeDiabète, ou en rejoignant un événement. En France, l'Aide aux Jeunes Diabétiques organise sa réunion nationale le samedi 14 novembre 2026, de 9 h à 21 h, à la Cité internationale universitaire de Paris. La Fédération internationale du diabète publie aussi une carte des activités organisées dans le monde.
Sources : Fédération internationale du diabète, annonce du thème 2026-2027, 4 mars 2026, et site de la Journée mondiale du diabète, dont la page connaître les signes du diabète de type 1 ; Organisation mondiale de la santé, World Diabetes Day 2026 ; Nations unies, résolution A/RES/61/225 du 20 décembre 2006 ; fiche Nobel de Frederick Banting et Encyclopédie canadienne, la découverte de l'insuline ; Atlas du diabète de la FID, 11e édition, 2025 ; Ogle G D et coll., T1D Index, Diabetes Research and Clinical Practice, 2025 ; Insel R A et coll., les stades du diabète de type 1, Diabetes Care, 2015 ; Ziegler A-G et coll., risque de progression avec plusieurs auto-anticorps, JAMA, 2013 ; Aide aux Jeunes Diabétiques, comment diagnostiquer plus tôt le diabète de type 1 et réunion nationale du 14 novembre ; NICE, recommandation NG18 ; Choleau C et coll., acidocétose au diagnostic chez l'enfant en France, Diabetes & Metabolism, 2014, et effet de la campagne de l'AJD, Archives de pédiatrie, 2015 ; Glaser N et coll., recommandations ISPAD 2022 sur l'acidocétose ; Donzeau A et coll., mortalité des enfants diabétiques de type 1 en France, Pediatric Diabetes, 2022 ; Duca L M et coll., acidocétose au diagnostic et HbA1c à long terme, Diabetes Care, 2017 ; Vanelli M et coll., campagne de prévention de l'acidocétose à Parme, Diabetes Care, 1999 ; Thomas N J et coll., diabète de type 1 dans les 6 premières décennies de vie, The Lancet Diabetes & Endocrinology, 2018, et traitement initial des diabètes de type 1 de l'adulte, Diabetologia, 2019 ; consensus ADA et EASD sur le diabète de type 1 de l'adulte, Diabetologia, 16 septembre 2026 ; DCCT Research Group, essai DCCT, New England Journal of Medicine, 1993, et DCCT/EDIC, traitement intensif et maladie cardiovasculaire, 2005 ; Haute Autorité de santé, éducation thérapeutique du patient, juin 2007 ; Fondation Francophone pour la Recherche sur le Diabète, PRÊT1D ; Santé publique France, le diabète en France continue de progresser, 14 novembre 2024.







